GRAND REOPENING

10 Oct – 20 Nov. 2020

Après trois mois de fermeture, la galerie s'apprête à réouvrir, profondément transformée dans son modèle. 


La crise aussi bien économique que culturelle et sociale que traverse notre société nous oblige aujourd’hui à repenser nos modes d’action, et à accélérer notre transition vers de nouveaux modèles réellement contemporains d’économie politique de l’art. Il ne s’agit pas de résister à la crise mais de la laisser nous transformer.

Ces derniers mois ont été l’occasion de repenser profondément la mission de la galerie, conçue comme lieu de commerce aussi bien d’œuvres que d’idées et de sentiment, dans le sens le plus littéraire du terme. On y fait commerce d’art, de doux commerce comme le souhaitait Montesquieu. Il est impératif de distinguer ce commerce d’un marché de l’art, qui a trop longtemps oblitéré la dimension politique et sociale de ce qu’entreprennent les galeries d’art. La galerie est un espace de trans-action, économique comme symbolique, qui associe les artistes et les collectionneurs, publics et privés, dans une relation corollaire fondée par l’œuvre. Elle est un lieu de spéculation, non pas financière, mais intellectuelle et philosophique à laquelle tout visiteur est invité à prendre part. Créer une économie des œuvres est le cœur de notre activité : offrir aux artistes les conditions de leur apparition et de leur production, les mettre en mouvement par des expositions, en nos murs ou dans des institutions partenaires, leur trouver une destination au sein de la société, et les transmettre. Vendre une oeuvre doit être pensé comme un acte curatorial.

Ouverte à toutes et tous, les galeries jouent un rôle essentiel dans la culture contemporaine en offrant à qui en est curieux la possibilité de voir l’art d’aujourd’hui en train de se faire. Ce sont des espaces militants qui encouragent chacun à prendre une part active dans la création contemporaine, ne pas seulement en être spectateur mais aussi acteur, voire actionnaire dans le sens où l’entendait Gustave Courbet en « participant à l’action des artistes ».

C’est cette vocation publique des galeries qui m’a encouragé à vouloir témoigner à l’extérieur de ce qui se joue à l’intérieur de la galerie, en commandant à Wesley Meuris une installation manifeste pour notre façade sur la rue Simon Le Franc. C’est une enseigne conceptuelle qu’il a réalisée, inspirée de celle qu’Antoine Watteau avait peinte pour son ami et marchand Edme-François Gersaint en 1720. Ces trois vitrines lumineuses incarnent symboliquement les flux que nous cherchons à générer entre l’art et la société. C’est une œuvre liminale qui se situe sur le seuil même de la galerie, physique mais aussi économique et social.


L’espace architectural intérieur a quant à lui été remodelé en étroite collaboration avec l'architecte et curateur Thomas Havet, afin d’en faire un lieu plus inclusif, privilégiant l’expérience intime des œuvres avant tout, et un échange dédié entre les visiteurs et l’équipe de la galerie. Sans s’agrandir, la galerie s’est dotée d’une antichambre et bibliothèque permettant d’accueillir personnellement les visiteurs. Deux petits cabinets destinés à des projets spécifiques précèdent la nouvelle salle d’exposition dotée d’un plafond lumineux offrant aux œuvres les conditions de neutralité du White-Cube. Le nouveau showroom a en revanche été pensé pour multiplier les modalités et temporalités d’exposition des œuvres.

Conçue par Ben Wrobel et Diane Hazaël-Massieux, la nouvelle identité graphique accompagne cette transition qu’incarne d’abord un changement de nom de la galerie, certes léger, mais symbolique. En abandonnant mon prénom, la Galerie Poggi ne cherche pas à nier sa subjectivité, intrinsèque à toute entreprise humaine, ni à devenir une marque, mais au contraire à affirmer sa dimension collective. Depuis sa création en 2009, la galerie associe  de nombreux artistes, et tout un réseau de collaborateurs internes et externes, autour d’un projet finalement mutualiste, au service d’un projet commun qu’on appelle « galerie ».

C’est d’ailleurs une équipe totalement recomposée qui vous accueille aujourd’hui, et prend la relève de celles et ceux qui, depuis onze ans, ont permis à notre entreprise de se développer. Je les remercie, et plus particulièrement Fanny Legros qui m’a aidé dans cette transition, et qui continuera à être une proche interlocutrice dans le cadre de sa nouvelle activité d’éco-conseil. Camille Bréchignac m’a rejoint comme Sales Manager aux côtés de Claire Hemming, notre nouvelle régisseuse générale, et d’Anne-Sophie Bocquier et d’Adrien Poirier dans le cadre de notre programme de formation.

Enfin, c’est une transformation moins immédiatement visible, mais essentielle que nous avons entreprise pour professionnaliser nos outils de travail, qu’il s’agisse de nos réserves confiées à Cadre en Seine, et de notre stratégie digitale dans le cadre d’un partenariat avec Art Logic, expert mondial en traitement de données et technologies à destination du monde de l’art, et de l’agence digitale de relations publiques The Farm fondée par Frédéric Clad.